Wikipédia: la vérité si je mens ou si je buzze?

Doit-on faire confiance à Wikipédia?

Saint Net, priez pour nous! Aujourd’hui, ce n’est plus la frontière des Pyrénées comme le déplorait Pascal qui peut servir de variable de la vérité. Non, aujourd’hui, c’est internet la vérité, c’est internet l’évangile de notre société. Vérité peut-être parce qu’on y trouve de l’information, une forme aussi d’un des sens. Vérité plus probablement parce que tant de gens qui y sont à se prélasser, s’exciter ou surfer ne peuvent tout de même pas être dans l’erreur. A la base de la vérité moderne, beaucoup de buzz, donc.

Même si, à l’échelle de l’humanité, internet et les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) n’occupent encore qu’une niche, elle ressemble fortement à la mutation d’un gène capital pour l’homme, un gène responsable du développement du cerveau. Plusieurs neurologues le montrent, telle Marianne Wolf ou tel Jean-Philippe Lachaux, l’usage des NTIC n’est pas neutre sur le fonctionnement de notre intellect. Cela a une influence évidente sur notre capacité de recherche de la vérité et sur la perception que nous en avons.
Je clique ou je clique pas ?

Avec internet et les Smartphones, on peut de plus en plus découper notre quotidien et notre raisonnement en autant de micro moments, de flashs instantanés, un peu comme on se pose la question face à un lien hypertexte selon la réflexion très sophistiquée, je clique/je clique pas. Cela induit une accélération des processus de recherche d’information, ou plutôt cela donne la possibilité d’en multiplier le nombre. En soi, cela n’est pas une garantie automatique de rapidité mais plus une accumulation d’éléments rapides. Cette accumulation peut nous donner l’impression de multiplier les recoupements, et donc un accès plus solide à la vérité. En somme, nous appellerions ici vérité notre capacité de toucher à tout.

Ce fractionnement des contacts et la multiplication que nous venons d’évoquer permet donc un fourmillement de contacts en surface : on effleure un site, on pèche des contacts comme certains chalutiers, bref, on se grise de sa puissance, de sa grosse puissance. Ce sentiment de puissance plus virtuelle que réelle amène certains à exhiber leur Smartphone comme certains exhibent une décoration de complaisance : l’un et l’autre doivent se voir, l’un et l’autre témoignent au moins d’une certaine capacité, peut-être superficielle, mais une capacité tout de même de contact, voire de coopération. L’internet actuel serait même coopératif. Ensemble donc, on ne va tout de même pas la rater cette vérité, non ? Le piquant dans l’histoire, c’est qu’elle ressemble à bien des égards au fonctionnement de la démocratie.

A Saint Net, rendons donc ses miracles, d’un coup de clic on contacte la terre, ses chercheurs, ses penseurs et leurs contradicteurs : comment la vérité ne sortirait-elle pas de ces confrontations ? Or, comme le phénomène du buzz le montre entre écho et miroir, ce qui ressemble à une confrontation de points de vue et de sources documentaires tient en fait davantage du phénomène grégaire et d’attirance de l’image, vous savez, celle qui est sur votre écran et qui vous pousse à cliquer encore cliquer, toujours des petits clics…jusqu’au clic final. Qu’il repose en paix!

Qu’on ne se méprenne pas. Nous ne méprisons pas l’existence d’authentiques chercheurs de vérité comme celle d’authentiques débats et autres forums. Mais pour quelques identités authentiques, combien de personnes n’affichent elles pas courageusement leur pseudo, ce porte voix indispensable pour lâcher sa vérité ? Du coup, comme dans la vie réelle, c’est le bruit, la rumeur qui deviennent vérité au prix d’approximations rationnelles à la petite semaine comme « il n’y a pas de fumée sans feu ». Pas nouveau, ce genre de phénomène a connu grâce à l’amplification du net un regain de vitalité. C’est l’intensité qui donnerait de la crédibilité. Yahoo ne procède pas autrement quand il montre en haut à droite de l’écran le buzz du moment. C’est la vérité du net, ce qu’il faut savoir, même si cela ne repose pas forcément sur grand-chose. Mais la vérité du net, s’oppose-t-elle à la Vérité ?

Philippe de Casabianca

Découvrez la suite sur More Than Words, le blog de Denis Gentile

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À propos de decasabianca

L'information est ma matière première, sa diffusion est ma vocation. Elle a des formes ? Tant mieux ! Et gardons en ligne de mire les ponts entre les différents publics... C'est sans doute ici que je trouve quelques points communs entre journalisme et communication. Ce n'est pas sans raison que journaliste, j'ai privilégié les articles me permettant de toucher plusieurs publics comme l'alimentation, la défense, la bio éthique, l'environnement... Du papier au son, de l'internet au livre, du dessin animé au film, du réseau social à la relation personnelle, information, lobbying et communication ont besoin de bons réseaux pour bien véhiculer les messages et correspondre aux attentes des destinataires finaux. Mon expérience de la sphère communautaire, notamment autour du triangle institutionnel, m’a appris à respecter les identités particulières de ces acteurs européens tout en connaissant la grammaire qui pilote leur langage commun. Voir tous les articles par decasabianca

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